Sylvain Dhugues, la résilience par le sport

Lorsque Sylvain Dhugues raconte son histoire sans tabou et même s’il précise d’emblée qu’ « elle se termine bien », ses interlocuteurs oscillent entre choc et émotion. Ce jeune homme de 24 ans a grandi entre violences familiales, obésité et harcèlement scolaire. Il s’en est sorti grâce à son ami Vincent, qui l’a emmené faire du sport, l’autre levier pour son retour à la vie.
Devenu adulte il « partage son parcours de vie », auprès d’un père violent, puis d’adolescent obèse et harcelé dans les établissements scolaires, les hôpitaux ou à la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse). Ce jour-là, le récit cash de son histoire recueille respect et attention de la part des élèves des lycées Jean-Rostand, Raoul-Follereau et Jules-Renard.
Sylvain Dhugues a accepté de répondre à quelques questions, avec le même calme et le même sourire avenant que lors de ces interventions.
- Quand on écoute le récit de votre parcours, on a d’abord envie de vous demander : est-ce qu’aujourd’hui tout va bien ?
Sylvain Dhugues : oui aujourd’hui ça va bien, comme je le dis dès le début de mes intervention, mon histoire se finit bien. C’est le récit d’une reconstruction qui passe par un tour de France des établissements scolaires et autres institutions ou les jeunes ont besoin de retrouver une confiance en eux.
- Quel est l’objectif de vos interventions et de ce tour de France ?
SD : mon objectif est de sensibiliser et lutter contre le harcèlement scolaire et la sédentarité. Je souhaite leur montrer qu’après un début de vie chaotique, ils peuvent devenir acteur de leur reconstruction. Et le sport est un bon moyen de reprendre confiance.
Je sillonne la France depuis janvier 2024. Cette année, j’ai rencontré environ 6 000 jeunes ces trois derniers mois et je devrais en rencontrer environ 25 000 cette année. Tous n’ont pas des parcours aussi compliqués que le mien, mais le sport a des vertus pour chacun.
- Quel message souhaitez-vous que les jeunes retiennent ?
SD : plus qu’un message je souhaite leur transmettre des outils, des trucs du quotidien qui seront atouts pour s’en sortir et/ou pour aider un copain à s’en sortir. Comme Vincent m’a tendu la main et m’a emmené courir. Sans je n’aurais même pas couru 400m. En réalité, c’est lui le vrai héros de mon histoire, il a eu le courage de m’aider.
- Quelles réactions vous rencontrez lors de vos interventions ?
SD : mon discours sans tabou capte l’attention de mon auditoire, certains interlocuteurs pleurent en m’écoutant. Après le récit de mon histoire, je laisse toujours un temps pour l’échange et pour répondre aux questions. Celles-ci sont souvent polies et timides au départ puis au fur et à mesure, elles sont de plus en plus directes et précises. Je réponds toujours sans tabou. Je laisse aussi la possibilité de m’écrire pour les jeunes qui n’osent pas parler. Il faut parfois que cela fasse son chemin et certains me racontent leur histoire quelques semaines ou mois plus tard.
D’autres me disent que mes interventions vont au-delà de la sensibilisation et la lutte contre le harcèlement et la sédentarité, que c’est une véritable leçon de vie. Qu’ils aient des points communs avec moi ou pas, les jeunes en tirent toujours quelque chose pour leur avenir.
- Vous intervenez dans quels établissements scolaires ?
SD : j’interviens du CM1/CM2 au BTS. Je raconte toute mon histoire, à deux détails près, dans son entièreté. Ce sont en général, les adultes qui sont choqués par mon récit et voudraient que j’édulcore mon récit, mais les enfants sont sans filtre, ils sont curieux et veulent comprendre et savoir. Les adultes ont beaucoup plus de tabous, notamment quand il s’agit de violence familiale.
Je garde une méfiance vis-à-vis des adultes, parce que je sais comment ils fonctionnent. Plusieurs, alors qu’ils auraient dû me protéger m’ont trahi, d’où cette méfiance.
- Le sport a une grande place dans votre vie et dans votre histoire
SD : Avec le sport comme moyen de s’en sortir, on oublie qu’on parle de choses graves. Hier comme aujourd’hui, le sport est une motivation et me donne confiance en moi. En racontant mes défis sportifs sur les réseaux, si je peux donner de l’inspiration à distance, c’est une vraie satisfaction. En partageant mes aventures, je montre aussi que réussir un Iron Man, n’était pas défi unique pour tourner la page de mon enfance, le sport est un mode de vie quotidien. Actuellement je prépare un périple de 2 500 km en vélo et en autonomie. Je partirai de Dinan en Bretagne le 11 juin pour arriver à Mandelieu sur la Côte d’Azur, au plus tard le 21 juin. Je publierai régulièrement sur mes réseaux sociaux et des capsules quotidiennes seront envoyées dans les établissements scolaires qui m’ont reçu.
- Vous pouvez nous parler de votre association ?
SD : j’ai d’abord raconté mon histoire à la demande de personnes qui me connaissaient. Puis par le bouche à oreille, le cercle s’est élargi. Aussi j’ai créé l’association Kimi, qui est adjectif japonais qui qualifie un camarade bienveillant. Son objectif est de créer des vocation à devenir kimi, un peu comme les élèves ambassadeurs de l’action pHARe au lycée Jean-Rostand. L’association est financée par des mécènes, particuliers ou entreprises.
Merci à Sylvain Dhugues !
Le mot de l’élu
Philippe Cordier, conseiller municipal délégué à la Santé
De Paris, à Lille, en passant par Bordeaux, Nantes et Nevers, Sylvain DHUGUES parcourt des milliers de kilomètres pour partager son parcours de vie « poignant » mais plein d’espoir où il évoque avec un grand sourire sa reconstruction. Sylvain qui est devenu à l’âge de 22 ans un véritable exemple de résilience et de détermination en devenant Iron Man.
Soutenu par le ministère des Sports, il a décidé d’entreprendre un tour de France pour sensibiliser les enfants et les jeunes au harcèlement scolaire.
Nous l’avons rencontré l’an passé lors de ses interventions dans le cadre du Mois de l’inclusion qui ont permis à 594 jeunes de bénéficier de « cette belle leçon de vie » comme il le dit.
Ce lundi 31 mars c’est avec grand plaisir qu’il est venu à la rencontre de nos jeunes des lycées Raoul-Follereau et Jean-Rostand. Son passage à Nevers fut bref cette année mais intense et riche devant un public attentif, surpris avec l’envie de poser de nombreuses questions.
Dans le cadre de sa politique santé, la Ville de Nevers a mis en place différentes actions de sensibilisation et de prévention à destination du grand public tout au long de l’année.
Nous maintiendrons et renforcerons cette action de prévention mais également de dépassement de soi et d’espoir l’an prochain car le harcèlement scolaire représente de nos jours un fléau dans notre pays.